Tolkien et l'Histoire de la Terre du Milieu > Le Hobbit

Une réception inattendue

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frenchteacher:
Le récit subira de très nombreuses transformations avant d'être édité.  Tolkien commence là un livre d'un nouveau genre, alliant étroitement la  "grandeur" mythologique du Silmarillion avec l'humour et l'esprit plus "grand  public" du Hobbit.
En 1939 il donne une conférence à l'Université de St  Andrews en l'honneur d'Andrew Lang sur les Contes de Fées, conférence où il  évoque sa démarche d'écrivain et de créateur : faire une "Seconde création", qui enrichisse et embellisse le monde réel. « Du conte de fées » paraît en 1947.
Tolkien mettra quinze ans à écrire le « Seigneur des Anneaux », avec de nombreux à coups, des arrêts dus au manque de temps. En 1949, il finit le premier jet de son texte. Suivent plusieurs années consacrées à réviser puis à dactylographier le texte. Une querelle avec son éditeur, Allen & Unwin, retarde encore la publication. Tolkien aurait voulu publier d'abord le Silmarillion (encore inachevé), et se méfiait de son éditeur, qui l'avait déjà une fois rejeté. Mais George Unwin et son fils estimaient beaucoup le travail de Tolkien, et ils finirent par s'entendre pour publier le Seigneur des Anneaux d'abord, puis le Silmarillion quand celui-ci serait terminé. Les conditions de publication ne plaisaient pas beaucoup à Tolkien : à cause du prix du papier à l'époque, le livre fut scindé en 3 parties afin de mieux le vendre. Mais les deux premiers tomes furent enfin publiés en 1954, remportant un assez net succès du public et de la critique. En 1955, après un délai du à la confection de la carte (par Christopher, sur les indications de son père) et des appendices, est publiée la dernière partie du Seigneur des Anneaux. C'est à son fils Christopher qu'il sera donné de publier en 1977 enfin les textes majeurs de la sous-création de Tolkien, avec le Silmarillion, les Contes et Légendes Inachevées et la série History of Middle Earth.
Bien des modifications ont été apportées entre les différentes éditions de Bilbo dans le but de mettre ce conte pour enfants en conformité avec les Trilogie plus sérieuse.
Dans l'édition originale, Bilbo insère l'anneau à son doigt lorsqu'il aperçoit les Gobelins à la sortie des Monts Brumeux. Devenu invisible, il réussit à passer la garde. Dans l'édition subséquente, Bilbo porte déjà l'Unique lorsqu'il rencontre les Gobelins, mais celui-ci se glisse de son doigt et rend visible Bilbo – incident qui aurait pu lui être fatal. En réalité, l'Unique lui a joué un vilain tour, comme il l'avait fait auparavant à Isildur – ce dernier fut moins chanceux et y trouva la mort. L'Unique n'a qu'un maître : Sauron, le Seigneur Ténébreux. C’est que l'anneau de la première version se compare à un simple anneau magique, à celui des Nibelugen, alors que par la suite, il devient l'Unique de Sauron, anneau malveillant et source du mal dans les Terres du Milieu.
   Tolkien éliminera aussi toutes les allusions qu'il avait faites sur le monde des fées.
Les Nains aux capuchons gaiement colorés et sortant tout droit du conte  de Blanche Neige sont désormais de la lignée de Durin.
Gandalf, expert en pétards dans Bilbo, est Mithrandir dans Le Seigneur des anneaux, un Maïa incarné venu des Îles Éternelles ?
Bilbo fait partie de l'expédition non parce que Gandalf croit que le chiffre  13 est malchanceux (comme il est dit dans Bilbo), mais parce qu'il connaît le  peuple hobbit et qu'il présuppose l'importance du rôle de Bilbo dans cette  aventure. Ne l'oublions pas, les gestes et les décisions de Gandalf doivent refléter ce qu'il est véritablement : un Maïa incarné -une sorte d'ange -, envoyé par Illuvateur -le Créateur du monde. On apprend aussi dans « L'Expédition d'Erebor » que Gandalf avait prévu que Bilbo découvrirait l'Unique – tout comme il avait pressenti que Frodo serait le porteur du grand Anneau.
Il en est de même pour le Nécromancien qui deviendra le terrible Sauron,  servant du puissant Valar Morgorth.  
 

frenchteacher:
A propos du nombre 13.
Je viens d'avoir confirmation qu'en Angleterre ce nombre porte malheur. En outre on me confirme l'origine de Freya's day pour le vendredi, et je vien d'apprendre que l'origine du jeudi était "thor's day". Que de la bonne vieille mythologie nordique !!
A +

frenchteacher:
Merci pour ce renseignement. Je vais donc rajouter dans mon livre que lorsque THORïn part pour l'aventure un JEUDI, ce n'est pas neutre, surtout que Gandalf parle d'un jeudi où le père de THORïn a disparu.
Je garde l'exclusivité de cette découverte pour mon futur livre. LOL !
French Teacher ;)  

Calvin:
Hello

Je viens présenter quelques désaccords avec les analyses de certains.

Je lis que ce premier chapitre est assez classique, que la comté et ses habitants représentent l'idéal de Tolkien....Je pense exactement le contraire. Ce premier chapitre, s'il n ' pas beaucoup de style littéraire (les liants sont grossiers), est original, et l'auteur déploir son génie subversif vis à vis de toutes les conventions du genre.

Mais de quel genre parle t-on? on lit souvent "fantastique", or ses caractéristiques me poussent à classer ce texte dans le merveilleux

Si l'incipit est classique, intemporalité,usage de l' imparfait, le développement brise le cadre normé du conte: pas de magicien puissant, puisque gandalf apparait plutôt comme un recruteur privé dans le style mercenaire.

Le lecteur s'attendrait à une épopée héroïque? tolkien au travers du discours de Gandalf nous détrompe et soutient notre curiosité: il n'y a pas de héros pour tuer smaug, pas de super chevalier (il y a ici une distanciation comique: gandalf énumère ces recours armés comme des options, Tolkien moquant le catalogue classique des moyens entre lesquels choisissent les créateurs de conte). Les haches sont émoussées.....

Donc sous couvert d'une écrture naïve et enfantine, le lecteur s'attend à des aventures hors du commun, puisque les aventuriers sont hors du commun: pas de victoire par la grande porte, mais cambriolage en perspective....

Et la Comté est loin de représenter l'idéal de Tolkien à mon avis. Il faut sans doute y voir une critique, presque sociale: il faut sentir la plume moqueuse de tolkien décrivant cette bourgeoisie hobbitale amorphe...l'Aventure est chosifiée, une minuscule rivière prend les dimensions d'un océan illimité et infranchissable, dessinant un horizon déjà légendaire, aventureux et donc inquiétant (l'"EAU") .Le prosaïsme règne dans cette société sans remous.

Heureusement survient Gandalf, les nains....et le hobbit se voit arraché à sa tranquillité et lancé malgré lui dans une aventure, exactement comme le lecteur: une double lecture est alors possible, et le premier chapitre est à la fois celui du déclenchement de l'aventure comme celui de notre lecture. Car le lecteur est hobbit: avant son entrée dans le merveilleux, il a tendance à s'accoutumer à ce qu'il connait, et à ne marcher que dans les sentiers reconnus et balisés (cf la carte de la comté avec tous les chemins préférés de bilbo marqués en rouge, ton satirique).
Ce premier chapitre est ainsi une véritable métaphore de la lecture et d'une ambition d'évasion, développée par tolkien dans ses essais par ailleurs.

Dernière chose: dès la première page, on devine que le public visé n'est pas qu'enfantain, tant l'atmosphère est aussi joyeuse et naïve que grave, sombre. Car le thème de la Chute est omniprésent: l'harmonie des Temps anciens est définitivement passée, la magie appartient au passé, la terre était plus calme et verte....Il ne s'agit plus de forger, de créer, mais de récupérer, d'essayer de conjurer la décadence des temps nouveaux par la reconquête de ce qui fut.

Une tristesse essentielle se décèle....

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